Résumé
Le Burkina Faso a décidé d’augmenter la retenue à la source de la TVA de 20% à 30%. Cette mesure s’inscrit dans une stratégie de renforcement des recettes fiscales, de lutte contre la fraude et d’amélioration de la collecte dans un contexte de pression budgétaire croissante. Elle concerne en priorité les transactions avec l’État, les entreprises publiques et certains grands donneurs d’ordre.
Détails
Contexte budgétaire et fiscal
Comme plusieurs économies d’Afrique de l’Ouest, le Burkina Faso fait face à une pression budgétaire élevée liée à la hausse des dépenses sécuritaires, sociales et d’investissement. Dans ce contexte, la mobilisation des recettes internes devient une priorité stratégique.
La TVA constitue l’un des principaux leviers de collecte fiscale dans la région. Toutefois, son rendement reste souvent limité par l’informalité, les difficultés de contrôle et les pratiques d’optimisation ou de fraude.
La retenue à la source comme outil de sécurisation des recettes
La retenue à la source de la TVA consiste à prélever directement une partie de la taxe due au moment du paiement d’un fournisseur. Le mécanisme est généralement appliqué aux marchés publics, aux grandes entreprises ou aux entités considérées comme solvables.
En passant de 20% à 30%, les autorités cherchent à sécuriser une part plus importante de la TVA en amont, avant même la déclaration fiscale du fournisseur. L’objectif est de réduire les risques de non reversement de la taxe collectée.
Une réforme inscrite dans une tendance régionale
L’usage de la retenue à la source de TVA s’est progressivement généralisé dans plusieurs pays de l’UEMOA. Les administrations fiscales cherchent à renforcer les mécanismes de collecte anticipée afin de limiter les pertes de recettes.
Cette évolution traduit un changement de paradigme. Les administrations fiscales privilégient désormais des dispositifs automatisés et préventifs plutôt que des contrôles a posteriori souvent complexes et coûteux.
Impact pour les entreprises fournisseurs de l’État
L’augmentation du taux de retenue aura des effets directs sur la trésorerie des entreprises. Une part plus importante de la TVA sera immobilisée en amont, ce qui peut créer des tensions de liquidité, notamment pour les PME.
Les entreprises concernées devront s’adapter à un décalage plus important entre la TVA retenue et les mécanismes de régularisation ou de remboursement. Cela pourrait accentuer les enjeux liés aux crédits de TVA et aux délais de restitution.
Renforcement du contrôle et formalisation de l’économie
Cette réforme vise également à améliorer la traçabilité des transactions et à réduire les circuits informels. En sécurisant une part plus importante de la TVA dès le paiement, l’administration fiscale limite les possibilités de dissimulation ou de sous-déclaration.
Le dispositif s’inscrit ainsi dans une stratégie plus large de modernisation de l’administration fiscale et de digitalisation progressive des processus de collecte.
Un signal envoyé aux partenaires financiers
Au-delà des enjeux fiscaux internes, cette mesure envoie un signal aux partenaires techniques et financiers. Elle traduit la volonté du Burkina Faso d’augmenter son autonomie budgétaire et de renforcer la soutenabilité de ses finances publiques.
Dans un contexte de financement international plus contraint, la capacité à mobiliser les ressources domestiques devient un indicateur clé de crédibilité économique.
Lecture stratégique
L’augmentation de la retenue à la source de la TVA illustre la priorité donnée à la sécurisation des recettes fiscales dans les économies d’Afrique de l’Ouest. Cette évolution reflète un basculement vers des mécanismes de collecte anticipée, plus adaptés aux réalités d’économies fortement informelles.
À moyen terme, l’enjeu sera d’équilibrer efficacité fiscale et soutenabilité pour les entreprises, en particulier les PME dépendantes des marchés publics. La capacité de l’administration à gérer les crédits de TVA et à réduire les délais de remboursement sera déterminante pour éviter des effets négatifs sur la liquidité du tissu économique.