La nouvelle taxe appliquée aux transferts d’argent au Sénégal est désormais entrée en vigueur. Après plusieurs semaines d’incertitudes et de débats au sein de l’écosystème, Orange Money, acteur dominant du mobile money dans le pays, a officiellement signalé qu’il se conformerait à cette mesure fiscale.
Cette annonce marque une étape clé dans la mise en œuvre effective de la réforme, tout en ravivant les interrogations sur ses conséquences économiques, sociales et structurelles pour les usagers comme pour les acteurs du secteur.
Une taxe aux objectifs budgétaires assumés
Inscrite dans le cadre des récentes réformes fiscales, la taxe sur les transferts d’argent vise à élargir l’assiette des recettes publiques dans un contexte de fortes contraintes budgétaires. Elle concerne aussi bien les transferts nationaux que certaines opérations assimilées, réalisées via les plateformes de mobile money et de services de paiement numérique.
Pour l’État, le mobile money représente désormais un levier fiscal stratégique, compte tenu de la massification des usages et des volumes financiers en jeu. Chaque jour, des millions de transactions de faible montant transitent par ces plateformes, faisant du secteur un point de collecte potentiel significatif.
Orange Money choisit la conformité
En annonçant sa conformité à la nouvelle taxe, Orange Money envoie un signal clair aux autorités : celui d’un acteur prêt à intégrer la réforme dans ses opérations, sans confrontation publique. Ce positionnement s’inscrit dans une stratégie de coopération réglementaire déjà observée dans d’autres marchés de la sous-région.
Pour autant, cette conformité ne signifie pas absence d’impact. Dans les faits, la taxe est susceptible d’être répercutée, au moins partiellement, sur les utilisateurs finaux, soit par une augmentation des frais, soit par une modification des grilles tarifaires existantes.
Des usagers en première ligne
Comme souvent en matière de fiscalité indirecte, ce sont les utilisateurs qui pourraient en supporter le poids principal. Au Sénégal, le mobile money est devenu un outil du quotidien : transferts familiaux, paiements de factures, aides sociales, activités informelles, micro-entrepreneuriat.
L’introduction d’une taxe supplémentaire sur ces flux soulève donc des préoccupations en matière d’inclusion financière. Une hausse, même marginale, des coûts de transaction pourrait décourager certains usages ou pousser une partie des flux vers des circuits informels, plus difficiles à tracer et à encadrer.
Un signal fort pour l’ensemble du secteur
La décision d’Orange Money pourrait également influencer les autres acteurs du marché. En tant que leader, son alignement réduit les marges de manœuvre pour une contestation collective de la mesure. Les fintechs, agrégateurs et opérateurs de taille plus modeste devront à leur tour arbitrer entre conformité, adaptation de leurs modèles économiques et gestion de la relation client.
Cette situation met en lumière le déséquilibre structurel entre grands groupes disposant de capacités financières et réglementaires importantes, et acteurs plus fragiles, pour lesquels toute nouvelle charge peut devenir critique.
Entre souveraineté fiscale et équité numérique
Au-delà du cas sénégalais, cette taxe pose une question plus large : comment concilier souveraineté fiscale, financement des politiques publiques et protection des usages numériques essentiels ? Le mobile money, initialement conçu comme un outil d’inclusion et de fluidification des échanges, devient progressivement un instrument fiscal à part entière.
Le risque, à terme, est de transformer un service de base en produit coûteux pour les populations les plus dépendantes de ces solutions. Un équilibre délicat que les autorités devront surveiller de près, notamment en évaluant l’impact réel de la taxe sur les comportements des usagers et la dynamique de l’économie numérique locale.