Alors que plusieurs pays africains renforcent la taxation des jeux d’argent, le Ghana a choisi une trajectoire différente. En supprimant la taxe sur les gains des joueurs, Accra mise sur un marché réglementé plus attractif et sur une meilleure canalisation de l’activité vers les opérateurs agréés.
La fiscalité des paris sportifs au Ghana évolue à contre-courant des tendances observées ailleurs sur le continent. Alors que le Kenya, la Zambie, le Rwanda, l’Ouganda ou encore le Sénégal ont adopté des mesures fiscales plus strictes, le Ghana a supprimé la retenue à la source de 10 % sur les gains des joueurs, entrée en vigueur quelques années plus tôt.
Cette décision marque un changement d’approche. Plutôt que d’augmenter la pression fiscale sur les utilisateurs, les autorités cherchent désormais à soutenir un marché réglementé capable de rester compétitif face aux plateformes non autorisées.
La suppression de la taxe sur les gains
Le 2 avril 2025, le Ghana a officiellement abrogé la retenue à la source de 10 % sur les gains issus des paris sportifs et des jeux d’argent, dans le cadre de la loi Act 1129.
Cette mesure concernait directement les joueurs, qui voyaient une partie de leurs gains prélevée avant versement.
Le gouvernement a estimé que cette taxe ne répondait plus aux objectifs recherchés.
En revanche, les opérateurs restent soumis à une taxe de 20 % sur le produit brut des jeux (Gross Gaming Revenue – GGR). L’allègement concerne donc les joueurs, et non les entreprises du secteur.
Une stratégie différente des autres marchés africains
La décision du Ghana contraste fortement avec les évolutions observées ailleurs en Afrique.
- Le Kenya taxe désormais les dépôts et retraits des portefeuilles de paris.
- La Zambie cumule plusieurs niveaux de taxation sur les mises, les dépôts, les retraits et les gains.
- Le Rwanda a fortement relevé son taux d’imposition sur le produit brut des jeux.
- L’Ouganda applique également l’une des fiscalités les plus élevées du continent.
- Le Sénégal a instauré une retenue de 20 % sur les gains des joueurs.
Dans ce contexte, le Ghana apparaît comme une exception.
Pourquoi alléger la fiscalité ?
Plusieurs arguments expliquent cette orientation.
Une fiscalité trop importante peut réduire l’attractivité des plateformes réglementées.
Lorsque les prélèvements deviennent élevés, certains joueurs peuvent être tentés de rechercher des alternatives sur des plateformes offshore ou non autorisées.
L’objectif du Ghana consiste donc à maintenir les utilisateurs dans un environnement soumis au contrôle des autorités, où les opérateurs respectent les obligations fiscales, réglementaires et de lutte contre le blanchiment.
Cette logique privilégie le volume d’activité réglementée plutôt qu’une taxation maximale de chaque transaction.
Une approche cohérente avec d’autres réformes fiscales
Le choix du Ghana rappelle une autre décision récente : la suppression de l’Electronic Transfer Levy (E-Levy) sur les paiements électroniques.
Dans les deux cas, les autorités semblent considérer qu’une fiscalité excessive peut décourager l’utilisation des services numériques et réduire, à terme, les recettes fiscales.
Cette approche repose sur un principe simple : un marché plus dynamique et mieux régulé peut générer davantage de recettes qu’un marché fortement taxé mais moins attractif.
Le parallèle entre le mobile money et les paris sportifs illustre une réflexion plus large sur la manière de fiscaliser l’économie numérique.
Quels effets pour les fintechs ?
Même si la réforme concerne le secteur des jeux, ses conséquences dépassent largement le gaming.
Les opérateurs de paris sportifs utilisent massivement :
- les solutions de paiement numérique ;
- les portefeuilles électroniques ;
- les services KYC ;
- les outils de conformité ;
- les infrastructures de paiement instantané.
En favorisant le maintien des joueurs sur les plateformes réglementées, cette politique peut également soutenir les volumes de transactions traités par les fintechs partenaires.
Les intérêts des opérateurs de gaming et des prestataires de paiement restent donc étroitement liés.
Le Ghana ouvre un autre débat
Le cas ghanéen montre que la question n’est pas uniquement de savoir combien taxer.
Elle consiste également à déterminer où et comment appliquer la fiscalité.
Faut-il taxer :
- les gains des joueurs ?
- les mises ?
- les dépôts ?
- les retraits ?
- les revenus des opérateurs ?
Les réponses varient désormais fortement selon les pays africains.
Le Ghana a choisi de réduire la pression fiscale sur les joueurs tout en conservant une taxation des opérateurs.
Conclusion : un laboratoire pour les autres régulateurs africains
Avec la suppression de la taxe sur les gains des joueurs, le Ghana devient l’un des rares pays africains à avoir choisi d’alléger la fiscalité du gaming plutôt que de la renforcer.
Il est encore trop tôt pour mesurer pleinement les effets de cette réforme.
Mais cette expérience pourrait alimenter les réflexions d’autres régulateurs confrontés au même défi : augmenter les recettes publiques sans décourager les opérateurs conformes ni pousser les joueurs vers des plateformes moins contrôlées.
Alors que plusieurs États africains poursuivent une stratégie de hausse des prélèvements, le Ghana rappelle qu’une fiscalité efficace ne se mesure pas uniquement au niveau des taux, mais aussi à sa capacité à maintenir un marché réglementé dynamique et attractif.