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RDC : bataille institutionnelle autour du contrôle du secteur des jeux

La régulation des jeux en RDC entre dans une phase critique. Plusieurs institutions s’affrontent pour contrôler le secteur des paris, avec des enjeux fiscaux, techniques et politiques majeurs. En toile de fond, un enjeu central : le choix du partenaire technique chargé du contrôle de l’industrie, susceptible de capter une position dominante sur un marché en forte croissance.

Régulation jeux RDC : une lutte d’influence entre institutions

Le secteur des jeux en RDC est aujourd’hui au cœur d’une recomposition institutionnelle. Trois entités cherchent à s’imposer dans la définition du futur cadre de régulation :

  • le ministère des Sports et Loisirs
  • le ministère des Finances
  • la SONAL (Société Nationale de Loterie)

Actuellement, la SONAL assure la supervision du secteur des paris. Ce rôle pourrait toutefois être remis en cause à court terme, sous l’effet de réformes législatives en préparation.

Derrière cette rivalité institutionnelle se joue une question structurante : qui contrôlera l’infrastructure technique de suivi des flux de paris. Plusieurs entreprises sont déjà positionnées sur ce marché stratégique, dont Sharp Vision, Afitech et East Africa General Trading Company.

Un projet du ministère des Finances pour centraliser le contrôle

Un premier projet de loi, initié par le ministère des Finances, vise à transférer l’autorité de régulation du secteur sous son contrôle direct.

Ce texte introduirait un modèle centralisé reposant sur un partenaire technique unique, chargé de superviser l’ensemble des opérations du marché. Selon plusieurs sources, Sharp Vision serait bien positionnée pour occuper ce rôle.

L’objectif est double :

  • renforcer la capacité de collecte fiscale
  • générer de nouvelles recettes via des mécanismes de supervision

À ce stade, le ministère des Finances n’a pas apporté de réponse aux sollicitations de notre rédaction.

Une réforme portée par le Parlement

En parallèle, le député Willy Mishiki Buhini a déposé une proposition de loi qui s’inscrit dans une logique proche, mais avec un cadrage plus large.

Le texte repose sur trois axes principaux.

– Le premier vise à moderniser le contrôle fiscal. Les opérateurs seraient tenus de connecter leurs systèmes à l’administration, permettant un suivi en temps réel des transactions et des revenus. L’État disposerait ainsi d’une visibilité immédiate sur l’activité du secteur.

– Le second axe concerne l’augmentation des recettes publiques. Le projet prévoit un renforcement des dispositifs de lutte contre la fraude et une amélioration de l’efficacité du recouvrement fiscal.

– Le troisième axe introduit une dimension sociale. Il prévoit des mesures pour encadrer l’accès aux jeux, notamment pour les mineurs, ainsi que des mécanismes de prévention contre l’addiction, un phénomène en progression dans le pays.

Un calendrier législatif sous tension

Ces deux projets de loi doivent être examinés au cours du cycle parlementaire en cours, qui s’étend de mars à juin.

Ce calendrier laisse entrevoir une possible reconfiguration rapide du secteur, avec des implications directes pour les opérateurs locaux et les partenaires technologiques internationaux.

Régulation jeux RDC : entre modernisation et risques de concentration

Ces réformes s’inscrivent dans une tendance plus large observée sur le continent : la volonté des États de reprendre le contrôle des flux financiers générés par les jeux, à travers des infrastructures centralisées et des partenariats techniques.

Pour certains acteurs, cette évolution représente une avancée majeure. Elle permettrait d’améliorer la transparence, d’augmenter les recettes fiscales et de structurer un marché encore fragmenté.

D’autres y voient un risque plus systémique. La désignation d’un partenaire technique unique peut conduire à une forte concentration du marché, avec des effets potentiels sur la concurrence, la gouvernance des données et l’équilibre des pouvoirs entre acteurs publics et privés.

Les précédents observés dans plusieurs pays africains montrent que ces réformes peuvent générer des tensions, notamment autour de l’attribution des contrats, du partage des revenus et du contrôle effectif des infrastructures.

En République Démocratique du Congo , l’enjeu dépasse donc la seule régulation du secteur des jeux. Il touche à la structuration même d’un marché numérique stratégique, à la capacité de l’État à en capter la valeur, et aux équilibres institutionnels qui en découleront.

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