La fiscalité des paris sportifs au Cameroun repose sur plusieurs prélèvements, dont une redevance annuelle de 2 % du chiffre d’affaires hors taxes pour les exploitants concernés. Pourtant, les montants effectivement collectés par l’État restent difficiles à identifier. Une analyse publiée en octobre 2026 souligne également l’absence de données publiques consolidées sur les recettes fiscales et les opérateurs agréés. Un manque de transparence qui complique l’évaluation de la contribution réelle du secteur aux finances publiques.
Une fiscalité clairement définie
Le Cameroun dispose d’un cadre légal spécifique pour les jeux d’argent et les paris sportifs. La loi n° 2015/012 du 16 juillet 2015 et son décret d’application de juillet 2019 définissent notamment les conditions d’exploitation des activités de jeux.
Les entreprises titulaires d’une autorisation ou d’une concession doivent acquitter une redevance annuelle correspondant à 2 % de leur chiffre d’affaires hors taxes.
À cette contribution s’ajoutent des droits d’entrée et de renouvellement des autorisations. La loi de finances 2025 a notamment fixé à 300 millions de FCFA les droits applicables aux jeux en ligne, tandis que certaines catégories de concessions de paris sont soumises à des droits de 5 ou 10 millions de FCFA.
Le problème ne réside donc pas dans l’absence de règles fiscales. Il concerne la visibilité des sommes réellement encaissées par les pouvoirs publics.
La DGI désormais chargée du recouvrement
Depuis la réforme de la fiscalité locale de décembre 2024, la Direction générale des impôts (DGI) est chargée de recouvrer la redevance annuelle des jeux, une mission auparavant exercée par l’administration chargée de leur régulation.
La loi de finances 2026 a confirmé cette compétence. Les opérateurs concernés doivent déclarer et acquitter leur redevance trimestriellement, sur la base du chiffre d’affaires réalisé.
Une partie des recettes est destinée aux Régions, par l’intermédiaire du Fonds spécial d’équipement et d’intervention intercommunale (FEICOM).
Cette organisation soulève une question de transparence budgétaire : combien la DGI collecte-t-elle réellement auprès des entreprises de paris sportifs, et quelle part de ces ressources est effectivement reversée aux collectivités ?
Les documents publics consultés ne permettent pas d’établir un montant consolidé propre aux paris sportifs.
Combien d’opérateurs sont réellement agréés ?
L’opacité concerne également les autorisations d’exploitation.
Dans son baromètre d’octobre 2026, AfriBallon indique n’avoir identifié aucune liste officielle publique recensant l’ensemble des opérateurs agréés au Cameroun.
Le ministère de l’Administration territoriale (MINAT), compétent pour délivrer les autorisations, ne met pas à disposition de registre comparable à ceux publiés dans certains pays voisins.
Des entreprises affichent pourtant leurs références administratives. Betclic Cameroun mentionne notamment une autorisation ministérielle datée du 28 avril 2026.
Mais ces déclarations individuelles ne permettent pas de déterminer combien d’opérateurs disposent effectivement d’une autorisation valide, ni de distinguer précisément les entreprises autorisées des plateformes opérant sans titre.
Sans registre public complet, il devient également difficile d’apprécier le périmètre du marché légal et les recettes fiscales que celui-ci devrait générer.
Un contraste avec les pays voisins
La Côte d’Ivoire et le Sénégal offrent davantage de visibilité sur les acteurs autorisés.
En Côte d’Ivoire, l’Autorité de régulation des jeux de hasard (ARJH) publie une liste des opérateurs agréés. Au Sénégal, la Loterie nationale sénégalaise (LONASE) a communiqué en juin 2026 sur les plateformes autorisées. Le Sénégal a également renforcé sa fiscalité des jeux d’argent, une évolution qui alimente le débat sur les risques de développement des plateformes offshore.
Ces dispositifs ne garantissent pas, à eux seuls, une transparence complète des recettes fiscales. Ils permettent néanmoins d’identifier les acteurs officiellement reconnus.
Au Cameroun, l’absence de registre public équivalent complique le suivi du secteur, alors même que l’administration dispose de mécanismes de déclaration et de recouvrement fiscal.
Des chiffres que les autorités doivent encore rendre accessibles
La publication du nombre d’opérateurs agréés, des recettes collectées au titre de la redevance de 2 % et des montants reversés aux collectivités permettrait de mieux évaluer la contribution réelle des paris sportifs aux finances publiques camerounaises.
La transparence des recettes publiques et le contrôle des transactions figuraient également parmi les enjeux de la régulation des paris sportifs en Afrique francophone abordés lors des rencontres professionnelles organisées à Dakar en octobre 2026.
Ces informations relèvent principalement du MINAT, de la DGI et des administrations chargées de la répartition des recettes.
En l’absence de données consolidées accessibles, il n’est pas possible de déterminer si les prélèvements sont insuffisamment recouvrés ou simplement insuffisamment détaillés dans les publications officielles.
La fiscalité des paris sportifs au Cameroun est donc précisément encadrée sur le plan réglementaire. Mais sa traduction dans les recettes publiques reste difficile à mesurer.