La Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) renforce sa stratégie de modernisation des paiements numériques. Le 22 octobre 2026, elle a signé un accord de coopération avec la Banque nationale du Cambodge, dont l’expérience dans les paiements instantanés pourrait contribuer aux projets engagés dans la CEMAC. Prévu pour la période 2027-2028, ce partenariat intervient alors que l’Afrique centrale cherche à améliorer l’interopérabilité et la sécurité de ses infrastructures financières.
Un accord pour accélérer la transformation des paiements numériques
Signée à Phnom Penh par Yvon Sana Bangui, gouverneur de la BEAC, et Chea Serey, gouverneure de la Banque nationale du Cambodge, la convention établit un cadre de coopération entre les deux institutions.
Selon le communiqué publié le 2 novembre 2026 par la BEAC, le programme d’actions prioritaires pour 2027-2028 portera notamment sur la transformation numérique, l’inclusion financière, la cybersécurité et la modernisation des systèmes de paiement.
Les deux banques centrales prévoient également des échanges d’informations et d’expériences, ainsi qu’un suivi périodique de la mise en œuvre de leur partenariat.
L’accord ne prévoit toutefois pas, à ce stade, le déploiement d’une infrastructure commune ni l’introduction immédiate d’un nouveau service de paiement dans la CEMAC.
Pourquoi la BEAC se rapproche du Cambodge
Le choix du Cambodge présente un intérêt particulier pour la BEAC. Le pays d’Asie du Sud-Est a développé ces dernières années un écosystème de paiements numériques reposant notamment sur Bakong, une infrastructure lancée en 2020 sous l’impulsion de sa banque centrale.
Cette plateforme facilite les transferts entre établissements financiers participants et les paiements par QR code. Elle constitue aujourd’hui une référence dans le développement de services de paiement interopérables.
Pour la BEAC, cette expérience pourrait offrir des enseignements utiles en matière d’architecture technique, de sécurité et d’intégration des différents prestataires financiers.
Il convient néanmoins de distinguer le partage d’expertise du transfert de technologie. Les deux institutions n’ont annoncé ni adoption de Bakong par la CEMAC ni calendrier de déploiement d’une solution cambodgienne en Afrique centrale.
Une modernisation déjà engagée dans la CEMAC
Cette coopération intervient dans un contexte de transformation des infrastructures financières régionales.
En août 2026, la BEAC a mis en production SYSTAC 2, une nouvelle génération de son système de télécompensation interbancaire. Cette évolution vise à moderniser le traitement des opérations entre établissements financiers et à renforcer les capacités techniques du système régional.
En parallèle, la CEMAC dispose de GIMACPAY, une infrastructure destinée à favoriser l’interopérabilité des paiements électroniques, notamment entre les banques et les services de monnaie électronique.
Ces initiatives répondent à un enjeu croissant : accompagner l’expansion des transactions numériques dans les six pays de la CEMAC, à savoir le Cameroun, le Gabon, le Congo, le Tchad, la République centrafricaine et la Guinée équatoriale.
Selon le rapport de la BEAC sur les services de paiement, la région a enregistré environ 3,74 milliards de transactions en monnaie électronique en 2024. Ces opérations représentent désormais l’essentiel du nombre de paiements recensés par la banque centrale.
Cette progression renforce la nécessité de disposer d’infrastructures capables de traiter des volumes importants tout en garantissant la fiabilité et la sécurité des transactions.

Paiements numériques : deux défis pour l’Afrique centrale
L’interopérabilité et la sécurité constituent deux enjeux importants pour le développement des paiements numériques dans la CEMAC. Malgré la progression des transactions électroniques, les établissements financiers doivent continuer à adapter leurs infrastructures à des volumes croissants et à des usages de plus en plus diversifiés.
L’interopérabilité vise notamment à faciliter les transactions entre différents prestataires, tandis que la cybersécurité doit contribuer à protéger les systèmes et les opérations financières. Ces deux dimensions sont particulièrement importantes pour les banques, les opérateurs de mobile money et les fintechs.
La coopération entre la BEAC et la Banque nationale du Cambodge pourrait alimenter les travaux régionaux dans ces domaines. À ce stade, les modalités techniques et les résultats attendus de cette collaboration restent toutefois à préciser.
Quels enjeux pour les fintechs et les utilisateurs ?
Pour les banques, les opérateurs de mobile money et les fintechs, la modernisation des systèmes de paiement représente un enjeu opérationnel majeur.
Une meilleure interconnexion des infrastructures pourrait faciliter les transferts entre établissements, réduire certaines contraintes techniques et favoriser le développement de nouveaux services financiers. Cette évolution s’inscrit dans une dynamique plus large de développement de l’interopérabilité des paiements en Afrique, déjà analysée par Afriqash.
Les entreprises pourraient également bénéficier, à terme, de processus de paiement et de règlement plus efficaces.
Mais ces perspectives dépendront des solutions effectivement mises en œuvre, de leur adoption par les établissements financiers et des conditions tarifaires appliquées aux utilisateurs.
La modernisation technique ne garantit pas, à elle seule, une diminution des frais de transaction ni une accélération immédiate de tous les paiements.
L’enjeu dépasse également les infrastructures. Dans la CEMAC, la fiscalité appliquée aux transactions électroniques constitue un autre facteur susceptible d’influencer l’adoption des services numériques. Comme l’a précédemment analysé Afriqash dans son article sur la taxation du mobile money dans la CEMAC, la BEAC a elle-même reconnu que certaines taxes avaient ralenti la croissance des paiements numériques.
Un partenariat dont les résultats restent à mesurer
L’accord conclu avec le Cambodge s’inscrit dans la stratégie de modernisation des paiements numériques engagée par la BEAC en Afrique centrale. Cette coopération pourrait contribuer à renforcer les infrastructures régionales, sous réserve de projets concrets et de résultats mesurables.
Il témoigne de la volonté de la banque centrale de s’appuyer sur des expériences internationales pour accompagner ses propres projets de modernisation.
Pour autant, la convention constitue avant tout un cadre de coopération. Ses retombées dépendront des projets retenus pour 2027-2028, des moyens mobilisés et de leur mise en œuvre effective.
Pour les acteurs financiers de la CEMAC, les prochaines étapes permettront de déterminer si ce rapprochement se traduit par des améliorations concrètes en matière d’interopérabilité, de sécurité et d’efficacité des paiements.
La signature de l’accord marque ainsi une nouvelle étape institutionnelle. Ses effets sur les services financiers utilisés quotidiennement par les particuliers et les entreprises restent encore à établir.