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Coup d’État en Guinée-Bissau : risques pour les infrastructures numériques

En Guinée-Bissau, un groupe de militaires apparaît à la télévision nationale. Il affirme avoir renversé le président Umaro Sissoco Embaló et dissous les institutions. L’événement relance les inquiétudes liées aux infrastructures numériques en Guinée-Bissau. Ces dernières restent fragiles sur le plan politique et institutionnel. Ainsi, le coup de force ouvre une période d’incertitude sur la continuité des services numériques. En particulier, ceux liés à la régulation économique et administrative.

Les putschistes ont immédiatement suspendu le processus électoral, alors que le pays attendait encore les résultats du scrutin présidentiel de dimanche. Ils ont également fermé les frontières et décrété un couvre-feu nocturne, évoquant la nécessité de déjouer un complot impliquant des responsables politiques et « un baron de la drogue bien connu ».

Un coup de force qui fragilise les infrastructures numériques en Guinée-Bissau

La Guinée-Bissau est l’un des États les plus fragiles d’Afrique de l’Ouest, où alternent dissolutions parlementaires, tensions militaires et accusations de captation des institutions par des réseaux liés au trafic de stupéfiants.
L’annonce d’un complot appuyé par un « baron de la drogue », bien que non détaillée, réactive ces inquiétudes.

Au-delà du renversement de l’exécutif, c’est la continuité de l’État qui est une nouvelle fois en question, y compris dans des domaines clés comme les finances publiques, les télécommunications et la supervision des secteurs à risque.

Risques pour les services de régulation électronique

Depuis 2023, la Guinée-Bissau modernise son dispositif national de contrôle des jeux et paris. Ce secteur, longtemps dominé par l’informel, devient crucial pour les recettes fiscales.
Ce chantier s’appuie sur un partenariat conclu avec Sharp Vision. Cette société européenne est spécialisée dans la collecte des données de paris et l’audit des flux numériques pour le compte des autorités de régulation en Afrique de l’Ouest.

Cette plateforme a pour rôle de :

  • remonter en temps réel les transactions des opérateurs,

  • détecter les anomalies et potentiels contournements,

  • sécuriser les recettes fiscales de l’État,

  • renforcer la transparence dans un secteur vulnérable aux détournements.

L’arrivée d’un nouveau pouvoir militaire soulève donc plusieurs interrogations.

Une instabilité politique récurrente en Afrique de l’Ouest

Les transitions forcées en Afrique de l’Ouest s’accompagnent souvent d’un gel ou d’une renégociation des contrats publics, en particulier ceux qui impliquent des sociétés étrangères.
Dans un pays où la régulation des jeux devient un enjeu stratégique — à la fois fiscal, sécuritaire et politique — la continuité du partenariat avec Sharp Vision pourrait être remise en question. Cependant, cette continuité n’est pas garantie en cas de transition forcée.

Plusieurs risques émergent :

1. Sécurisation des données de paris

La plateforme centralise des informations sensibles : volumes, comportements, réseaux, flux financiers.
En période de crise, la question du contrôle, de l’accès et de la protection de ces données devient hautement politique.

2. Reprise en main des recettes du secteur

Les recettes issues des paris représentent une manne non négligeable.
Un changement de régime peut s’accompagner de tentatives de reconfigurer (voire capter) ces revenus.

3. Renégociation des contrats technologiques étrangers

Dans un pays où les alliances politiques évoluent rapidement, un contrat signé par le gouvernement précédent peut devenir un dossier stratégique à réexaminer.

La question de la dépendance technologique régionale

Le coup de force en Guinée-Bissau s’inscrit dans une trajectoire régionale marquée par les transitions militaires et les tensions institutionnelles. Par ailleurs, certains États dépendent de prestataires étrangers pour superviser des secteurs critiques comme les jeux, la fiscalité ou les télécommunications.

Dans ce contexte, la question devient centrale : comment garantir la stabilité, l’intégrité et la souveraineté des systèmes numériques publics dans un pays où le pouvoir peut basculer du jour au lendemain ?

La Guinée-Bissau vient d’en offrir une illustration brutale; et les conséquences pourraient dépasser de loin le seul champ politique.

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