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Jeux de hasard en Côte d’Ivoire : un marché de 922 milliards FCFA face au renforcement des contrôles

Le marché des jeux de hasard en Côte d’Ivoire a généré 922,3 milliards FCFA de chiffre d’affaires en 2025, selon les données de l’Autorité de régulation des jeux de hasard (ARJH). Face à la croissance du secteur et à la persistance des activités illégales, le régulateur renforce ses moyens de surveillance avec une unité spécialisée, chargée notamment des investigations et de la lutte contre les opérateurs non autorisés.

Un marché des jeux de hasard en forte croissance

Le marché des jeux de hasard en Côte d’Ivoire poursuit son expansion, porté par le développement des activités réglementées et des plateformes numériques.. D’après les chiffres communiqués par l’ARJH, son chiffre d’affaires est passé de 586,9 milliards FCFA en 2023 à 922,3 milliards FCFA en 2025, soit une progression d’environ 57 % en deux ans.

Cette croissance s’accompagne d’une augmentation des recettes publiques. Les redevances, impôts et taxes versés à l’État sont passés de 37,2 milliards FCFA en 2023 à 63,5 milliards FCFA en 2025, soit une hausse de près de 71 %. Cette progression intervient dans un contexte de renforcement de la fiscalité des paris en ligne en Afrique de l’Ouest, dont les mécanismes varient sensiblement d’un pays à l’autre.

L’emploi a également progressé, avec 1 859 postes directs recensés en 2025, contre 1 511 deux ans auparavant.

Ces données illustrent le poids économique croissant des jeux de hasard en Côte d’Ivoire. Elles concernent l’ensemble du secteur réglementé et ne doivent pas être confondues avec les seuls revenus des paris sportifs en ligne.

Cette expansion pose toutefois de nouveaux défis aux autorités, notamment en matière de surveillance des plateformes numériques, de protection des joueurs et de lutte contre les activités non autorisées.

L’ARJH renforce la surveillance des jeux de hasard

Pour renforcer ses capacités d’intervention, l’ARJH s’appuie désormais sur l’Unité de surveillance du secteur des jeux de hasard (USSJH), créée par le décret n° 2026-236 du 29 avril 2026.

Le 12 octobre 2026, les responsables du régulateur ont organisé une rencontre à Abidjan afin de présenter aux membres de cette unité leurs missions, leurs pouvoirs et le cadre juridique applicable à leurs interventions.

Dirigée par le colonel Dotehe Sakrou Coulibaly, l’USSJH rassemble des agents issus de la police nationale et de la gendarmerie nationale.

Ses missions comprennent notamment la surveillance des établissements et plateformes de jeux, la conduite d’investigations, la constatation des infractions et la réalisation de saisies dans les conditions prévues par la réglementation.

Cette unité doit permettre à l’ARJH de renforcer ses contrôles sur l’ensemble du territoire ivoirien et de mieux coordonner les interventions contre les activités illégales.

Sa mise en opération constitue une évolution du dispositif de surveillance. Son efficacité dépendra néanmoins des moyens mobilisés et des résultats obtenus sur le terrain.

Paris illégaux : 55 sites bloqués et 312 machines détruites

La lutte contre les opérateurs non autorisés figure parmi les principales priorités du régulateur ivoirien. La lutte contre les activités non autorisées constitue ainsi un enjeu central pour la régulation des jeux de hasard en Côte d’Ivoire, notamment face à la multiplication des plateformes accessibles en ligne.

Selon le bilan présenté par l’ARJH, 312 machines à sous illégales ont été détruites entre 2022 et le premier semestre 2026. Sur la même période, l’institution indique avoir procédé au blocage de 55 sites de paris en ligne non autorisés et au règlement de 22 litiges.

Les interventions contre les plateformes numériques se sont intensifiées récemment. Au premier semestre 2026, 39 sites illégaux auraient été bloqués, contre neuf sur l’ensemble de l’année 2025.

Ces chiffres témoignent d’une augmentation des actions de contrôle déclarées par l’autorité. Ils ne permettent toutefois pas, à eux seuls, de mesurer la réduction effective du marché clandestin.

Le blocage d’un site ne garantit notamment pas la disparition définitive de l’activité concernée. Les opérateurs peuvent utiliser d’autres adresses ou canaux numériques, ce qui complique la surveillance des services non autorisés.

L’ARJH prévoit également de renforcer les mécanismes de signalement des plateformes illégales afin de faciliter leur identification et leur blocage.

Régulation des jeux de hasard en Côte d'Ivoire : illustration d'un bâtiment de l'ARJH, d'une caméra de surveillance et de paris sportifs.
L’ARJH renforce ses dispositifs de contrôle face à la croissance du marché des jeux de hasard et à la présence d’opérateurs illégaux en Côte d’Ivoire. Illustration générée pour Afriqash.

La surveillance technologique, un autre enjeu du marché ivoirien

Au-delà des contrôles physiques et des investigations, la régulation des jeux de hasard repose de plus en plus sur la collecte et l’analyse des données financières.

En Côte d’Ivoire, le décret n° 2025-766 du 1er octobre 2025 a approuvé un contrat de partenariat public-privé portant sur le financement, la conception, la fourniture, la mise en place et l’exploitation d’une plateforme de centralisation des jeux concédés à la Loterie nationale de Côte d’Ivoire (LONACI).

Ce dispositif vise notamment à améliorer la traçabilité des opérations réalisées par les opérateurs agréés et à faciliter le suivi des activités du secteur.

La société Afitech est associée à ce projet de centralisation et de supervision technologique. Les informations publiques disponibles ne permettent cependant pas, à elles seules, d’évaluer les performances opérationnelles du dispositif ni son efficacité dans la détection des activités illégales.

Il convient également de distinguer les responsabilités des différents acteurs. L’ARJH exerce les missions de régulation et de contrôle prévues par la loi, tandis que les prestataires technologiques interviennent dans le cadre de leurs engagements contractuels.

Cette distinction est essentielle dans un marché où les systèmes de surveillance peuvent traiter des informations financières sensibles. Ces enjeux rejoignent les discussions sur la régulation des paris sportifs en Afrique francophone, notamment concernant la transparence des dispositifs de contrôle et la traçabilité des transactions.

Protection des joueurs et prévention des risques

Le renforcement des contrôles ne concerne pas uniquement les opérateurs illégaux. L’ARJH entend également développer ses actions de prévention contre le jeu excessif et protéger davantage les mineurs.

Le 6 octobre 2026, l’autorité a signé une convention avec le Centre ivoirien d’étude et de recherche en psychologie appliquée (CIERPA), afin d’améliorer l’identification et l’accompagnement des personnes présentant des comportements de jeu problématiques.

Cette coopération prévoit notamment des actions de sensibilisation, un accompagnement psychologique et des travaux de recherche sur les comportements à risque.

L’encadrement de la publicité pour les jeux de hasard figure également parmi les sujets examinés par le régulateur, notamment dans ses échanges avec la Haute Autorité de la communication audiovisuelle (HACA).

Ces initiatives témoignent d’un élargissement des priorités de régulation, qui associent désormais surveillance économique, contrôle des activités numériques et protection des consommateurs.

Une régulation confrontée à la croissance du secteur

Avec un chiffre d’affaires supérieur à 922 milliards FCFA en 2025, le marché des jeux de hasard en Côte d’Ivoire représente une activité économique importante, mais également un secteur complexe à superviser.

La création de l’USSJH et le développement d’outils technologiques traduisent la volonté des autorités de renforcer leurs capacités de contrôle face à la multiplication des opérateurs et des canaux numériques. Comme l’explique une précédente analyse d’Afriqash, obtenir une licence de jeux d’argent en Afrique ne suffit pas : les opérateurs doivent également satisfaire à des exigences techniques, financières et réglementaires.

Les prochaines étapes permettront de mesurer les effets de cette stratégie, notamment sur la détection des plateformes illégales, la traçabilité des transactions et la protection des joueurs.

Pour l’ARJH, l’enjeu sera désormais de transformer le renforcement de ses moyens réglementaires, humains et technologiques en résultats mesurables sur le marché ivoirien.

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