Le Next Fintech Forum 2026 se tiendra les 26 et 27 novembre à Cotonou autour d’une question devenue centrale pour l’écosystème financier ouest-africain : comment transformer l’adoption massive des services financiers numériques en création de valeur durable ? Derrière les chiffres spectaculaires du mobile money, l’UEMOA cherche désormais à franchir une nouvelle étape : interopérabilité, financement des PME, infrastructures, régulation et développement d’une véritable industrie fintech régionale.
Cotonou accueille le Next Fintech Forum 2026
Cotonou accueillera les 26 et 27 novembre 2026 la huitième édition du Next Fintech Forum, organisée par l’Alliance Fintech UEMOA. L’événement doit réunir plus de 500 décideurs issus des institutions publiques, banques, fintechs, opérateurs télécoms, investisseurs et infrastructures financières de la région.
Le thème retenu, « De l’adoption à la valeur », traduit une évolution des priorités.
Pendant plusieurs années, le développement de la fintech en Afrique de l’Ouest a été largement mesuré à travers la progression du mobile money, du nombre de comptes ou du volume des transactions. Ces indicateurs continuent de progresser rapidement.
Selon le dernier rapport de la BCEAO sur les services financiers numériques, l’UEMOA comptait 248 millions de comptes de monnaie électronique à fin 2024, contre 209 millions un an auparavant, soit une progression de près de 19 %. Le nombre de comptes actifs atteignait toutefois 77 millions.
Le volume est donc considérable. Mais la question n’est plus seulement de savoir combien de comptes sont ouverts.
Elle est désormais de savoir ce que cette infrastructure numérique produit pour les économies de l’Union.
248 millions de comptes, mais une nouvelle étape à franchir
La croissance du secteur est difficile à ignorer.
En 2024, près de 11,9 milliards de transactions ont été réalisées via les services financiers numériques dans l’UEMOA, pour une valeur de plus de 160 000 milliards de FCFA. Les paiements ont représenté à eux seuls plus de 15 400 milliards de FCFA. Dans le même temps, le nombre de points d’acceptation a plus que doublé pour atteindre environ 3,7 millions.
La monnaie électronique est également devenue l’un des principaux moteurs de l’inclusion financière dans la région. Selon la BCEAO, elle contribuait à hauteur de 57,2 % au taux global d’inclusion financière en 2024. Ce dernier atteignait 73,6 %.
Ces résultats montrent que la première bataille, celle de l’accès, a largement progressé.
Mais l’ouverture d’un compte ou l’utilisation d’un portefeuille mobile ne suffisent pas, à elles seules, à construire une industrie financière capable de financer durablement les entreprises, de développer l’épargne, le crédit ou l’assurance et de soutenir l’investissement.
La BCEAO elle-même distingue plusieurs dimensions de l’inclusion financière : l’accès aux services, leur utilisation et leur accessibilité en matière de prix.
Le défi consiste donc désormais à transformer l’usage des paiements numériques en services financiers plus diversifiés.
PI-SPI change progressivement la donne
Cette transformation passe notamment par l’interopérabilité.
Depuis le 30 septembre 2025, la BCEAO déploie la Plateforme Interopérable du Système de Paiement Instantané (PI-SPI). Elle doit permettre aux différents acteurs financiers de l’UEMOA de communiquer entre eux et d’effectuer des paiements en temps réel, 24 heures sur 24 et sept jours sur sept.
Afriqash revient également sur les principales évolutions de la réglementation fintech dans l’UEMOA en 2026, notamment les nouvelles échéances de connexion à PI-SPI et leurs conséquences pour les acteurs financiers.
Au 24 juin 2026, 80 institutions étaient connectées à la plateforme et 74 autres se trouvaient encore en phase de test réel. La BCEAO a fixé au 30 septembre 2026 la nouvelle échéance de connexion effective pour les banques, établissements de monnaie électronique et établissements de paiement. Les institutions de microfinance supervisées par la Commission bancaire disposent, elles, d’un délai allant jusqu’au 30 juin 2027.
L’enjeu dépasse la simple rapidité des transferts.
Une infrastructure véritablement interopérable peut réduire la fragmentation entre banques, fintechs et opérateurs de monnaie électronique, faciliter les paiements entre utilisateurs de services différents et permettre à de nouveaux acteurs de développer des produits financiers sur une infrastructure commune.
C’est précisément l’un des thèmes annoncés pour le Next Fintech Forum, dont le programme prévoit des discussions consacrées aux paiements instantanés, aux API ouvertes et à l’interopérabilité dans les huit marchés de l’UEMOA.
Faire de la fintech un outil de financement de l’économie
La prochaine étape concerne aussi les entreprises.
La nouvelle Stratégie régionale d’inclusion financière 2025-2030 de l’UEMOA vise l’utilisation de services financiers adaptés et abordables par au moins 90 % de la population adulte d’ici 2030.
Les PME et PMI font explicitement partie des populations prioritaires de cette stratégie, aux côtés notamment des femmes, des jeunes et des populations rurales.
Ce changement d’approche est important.
La fintech ne peut plus être uniquement considérée comme un moyen moins coûteux d’envoyer ou de recevoir de l’argent. Elle peut aussi devenir une infrastructure permettant aux petites entreprises d’encaisser des paiements, d’établir un historique transactionnel, d’accéder au financement, de gérer leur trésorerie ou encore de souscrire des produits d’assurance.
La BCEAO prévoit d’ailleurs, dans sa stratégie régionale, de promouvoir l’innovation financière et la disponibilité de services de financement formels, tout en renforçant la protection des consommateurs et l’utilisation des données pour mieux comprendre le marché.
Réguler sans freiner l’innovation
Cette industrialisation de la fintech pose cependant une autre question : celle du cadre réglementaire.
Depuis l’entrée en vigueur de l’Instruction n°001-01-2024 relative aux services de paiement, l’UEMOA dispose d’un cadre spécifique définissant les conditions dans lesquelles ces services peuvent être fournis.
À mesure que de nouveaux acteurs apparaissent et que les services deviennent plus complexes, les régulateurs doivent concilier plusieurs impératifs : favoriser l’innovation, maintenir la stabilité du système financier, lutter contre la fraude et le blanchiment, assurer la sécurité des infrastructures et protéger les utilisateurs.
Le sujet occupera une place importante à Cotonou.
Les organisateurs annoncent notamment une « Déclaration de Cotonou » comprenant neuf engagements répartis entre pouvoirs publics, acteurs privés et investisseurs. Sont évoqués des clarifications réglementaires, des délais d’agrément accélérés, des standards d’interopérabilité, des mécanismes communs de lutte contre la fraude et de nouveaux engagements d’investissement.
À ce stade, il s’agit toutefois d’engagements annoncés par les organisateurs du Forum, et non de nouvelles obligations réglementaires adoptées par la BCEAO ou les États membres.
C’est le contenu final de cette déclaration, et surtout l’identité et les engagements précis de ses signataires, qui permettront d’en mesurer la portée.
De l’adoption à une véritable industrie fintech régionale
Le choix du thème du Next Fintech Forum résume finalement le changement de cycle auquel est confrontée la fintech dans l’UEMOA.
La région ne part plus de zéro. Elle dispose désormais de centaines de millions de comptes de monnaie électronique, d’un marché du paiement numérique en forte croissance, d’un cadre réglementaire spécifique et d’une infrastructure régionale de paiement instantané en cours de généralisation.
La question n’est donc plus seulement de démocratiser le paiement numérique.
Elle est de déterminer si ces infrastructures peuvent désormais contribuer davantage au financement des entreprises, à l’épargne, au crédit, à l’assurance et, plus largement, à la création de valeur dans les économies de l’Union.
C’est sur ce terrain que devrait se jouer la prochaine phase de développement de la fintech ouest-africaine.
Et c’est aussi sur ce terrain que les engagements annoncés à Cotonou devront être évalués.