La fintech Send Chap, fondée par l’entrepreneur ivoirien Ange Philippe Oteyami, annonce l’ouverture de services de transfert d’argent depuis le Canada vers plusieurs pays africains et la Chine. La plateforme mise sur les portefeuilles Mobile Money pour faciliter la réception des fonds en Afrique. Cette expansion s’accompagne d’enjeux réglementaires, notamment concernant les autorisations nécessaires pour opérer sur différents marchés.
Send Chap étend ses transferts d’argent depuis le Canada
La fintech Send Chap poursuit le développement de ses services de paiement internationaux. Selon les informations publiées le 5 novembre 2026 par le magazine économique Afrimag, l’entreprise propose désormais des transferts d’argent depuis le Canada vers une quinzaine de pays africains, ainsi que vers la Chine.
Développée par Dev Studios et exploitée au Canada par DEV STUDIOS CANADA INC., la plateforme a été fondée par l’entrepreneur ivoirien Ange Philippe Oteyami. Son objectif est de faciliter les transferts financiers entre les diasporas africaines et leurs proches, en s’appuyant sur les infrastructures de paiement numérique déjà utilisées sur le continent. La solution repose sur une application mobile permettant aux utilisateurs d’effectuer des opérations à distance, sans passer nécessairement par une agence physique. Le Canada constitue actuellement l’un des principaux marchés mis en avant dans cette stratégie de développement international.
Des transferts directement vers les portefeuilles Mobile Money
L’une des principales caractéristiques de Send Chap est son intégration avec les services de Mobile Money présents sur les marchés africains. Cette évolution s’inscrit dans une dynamique plus large d’interopérabilité entre les banques et les services de Mobile Money en Afrique de l’Ouest, qui transforme progressivement les infrastructures de paiement de la région.
Selon les informations communiquées par l’entreprise, les utilisateurs peuvent envoyer des fonds vers des portefeuilles électroniques associés à plusieurs opérateurs, notamment Orange Money, MTN Mobile Money, Moov Money, Wave et Airtel Money, selon les pays concernés. Le fonctionnement annoncé repose sur un parcours entièrement numérique. Depuis l’application, l’expéditeur indique le montant à transférer, sélectionne son bénéficiaire et consulte les informations relatives à la transaction. Le taux de change, les frais applicables et le montant destiné au bénéficiaire sont présentés avant la validation de l’opération. Cette transparence tarifaire constitue un élément important pour les utilisateurs de services de transfert d’argent, même si les coûts réels et les délais d’exécution doivent être appréciés selon les corridors et les conditions de chaque transaction. Au Canada, Send Chap indique notamment s’appuyer sur Interac parmi les moyens de paiement proposés.
L’entreprise annonce également des services de transfert vers la Chine, avec une réception des fonds en yuans (CNY).
Quels pays africains sont concernés par Send Chap ?
L’offre présentée par Send Chap couvre plusieurs marchés d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale. Parmi les pays mentionnés figurent la Côte d’Ivoire, le Sénégal, le Mali, le Burkina Faso, le Bénin, le Togo, le Niger, la Guinée, la Gambie, le Nigeria et le Ghana. En Afrique centrale, l’entreprise cite notamment le Cameroun, le Gabon, le Congo et la République démocratique du Congo.
Cette couverture géographique reflète l’intérêt croissant des prestataires de paiement pour les transferts entre les diasporas et les économies africaines, où le Mobile Money occupe une place importante dans les usages financiers. Le développement de ces services accompagne la progression de l’inclusion financière en Afrique francophone, même si l’accès aux portefeuilles électroniques ne garantit pas, à lui seul, une utilisation durable des services financiers. Il convient toutefois de distinguer les pays annoncés dans la couverture commerciale de la disponibilité effective de chaque service. Les moyens de réception, les partenaires locaux et les conditions d’accès peuvent varier d’un marché à l’autre. La liste des pays couverts ne garantit donc pas que toutes les fonctionnalités soient accessibles dans chacun d’entre eux.

Un cadre réglementaire canadien identifié
Les activités de transfert d’argent sont soumises à des obligations réglementaires, particulièrement lorsqu’elles impliquent plusieurs juridictions. Au Canada, Send Chap est exploitée par DEV STUDIOS CANADA INC., une société inscrite auprès du Centre d’analyse des opérations et déclarations financières du Canada (CANAFE), connu sous son acronyme anglais FINTRAC. L’entreprise figure dans les données du registre canadien des entreprises de services monétaires sous le numéro C100000009, avec une date d’inscription initiale au 19 août 2024. Cette inscription concerne notamment les obligations applicables en matière de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme.
Send Chap indique également que son entité canadienne est enregistrée auprès de la Banque du Canada en qualité de prestataire de services de paiement, dans le cadre de la réglementation canadienne sur les activités de paiement de détail. Cette seconde inscription est revendiquée par l’entreprise, mais son statut précis n’a pas été confirmé indépendamment dans le registre officiel lors de nos vérifications. Il est important de rappeler qu’une inscription auprès du CANAFE ne constitue pas une licence bancaire ni une approbation commerciale de l’entreprise par les autorités canadiennes.
De même, les inscriptions canadiennes ne confèrent pas automatiquement le droit d’exercer dans les pays africains destinataires des transferts. Les opérations doivent respecter les réglementations applicables dans chaque juridiction concernée. En Afrique de l’Ouest, la BCEAO encadre également les activités des prestataires de paiement, notamment à travers les agréments des établissements de paiement dans l’UEMOA, qui répondent à des exigences réglementaires spécifiques.
Des ambitions qui dépassent les transferts aux particuliers
Au-delà des transferts destinés aux familles, Send Chap présente également des solutions orientées vers les entreprises. Son offre commerciale comprend notamment des services de collecte de paiements, de règlement de fournisseurs internationaux, de conversion de devises et d’intégration technique via des interfaces de programmation (API). Ces fonctionnalités visent différents profils de clients, parmi lesquels les fintechs, les établissements financiers, les entreprises de commerce électronique et les importateurs. Sur son site Internet, Send Chap affiche des indicateurs d’activité importants, dont plus d’un million d’utilisateurs et plusieurs dizaines de millions d’euros de volume traité.
Ces chiffres proviennent toutefois de la communication de l’entreprise. En l’absence de données financières auditées ou de confirmation indépendante, ils ne permettent pas d’établir précisément le niveau d’activité actuel de la plateforme. La même prudence s’applique au nombre de pays couverts et d’opérateurs Mobile Money intégrés, qui correspondent aux informations commerciales publiées par Send Chap.
Le défi des transferts internationaux vers l’Afrique
Le développement de Send Chap s’inscrit dans un marché où les besoins de transferts internationaux restent importants, notamment pour les diasporas africaines installées en Amérique du Nord et en Europe. L’intégration des portefeuilles Mobile Money constitue l’un des principaux leviers de transformation de ce secteur. Elle permet aux prestataires de proposer des solutions de réception adaptées aux habitudes de paiement locales. Pour les utilisateurs, la compétitivité de ces services repose cependant sur plusieurs critères : le coût total des transactions, les taux de change, les délais de réception, la fiabilité technique et la qualité du service client. La conformité réglementaire représente également un enjeu majeur pour les fintechs qui souhaitent multiplier les corridors de paiement. Avec son développement annoncé depuis le Canada, Send Chap cherche à se positionner sur ce marché des transferts entre l’Afrique et l’international. La portée réelle de cette expansion dépendra de la disponibilité des services, des partenariats opérationnels et de la capacité de l’entreprise à respecter les exigences réglementaires des différents pays concernés.