Stablecoins Afrique de l’Est : ces quatre mots résument une tendance qui attire de plus en plus l’attention des fintechs, des banques et des prestataires de paiement. Longtemps cantonnés à l’univers des cryptomonnaies, les stablecoins pourraient désormais devenir une infrastructure stratégique pour accélérer les paiements transfrontaliers en Afrique de l’Est.
La récente annonce de SCRYPT, qui affirme avoir étendu son système de règlement en temps réel au Kenya, en Tanzanie, en Ouganda et au Rwanda, illustre cette évolution. Si cette initiative reste avant tout une annonce commerciale, elle met en lumière une tendance plus large : les stablecoins pourraient progressivement trouver leur place dans les paiements transfrontaliers africains.
Pourquoi les stablecoins Afrique de l’Est intéressent les fintechs ?
Contrairement aux cryptomonnaies volatiles comme le Bitcoin, un stablecoin est conçu pour conserver une valeur relativement stable, généralement en étant adossé à une monnaie fiduciaire telle que le dollar américain.
Cette stabilité présente plusieurs avantages pour les entreprises :
- réduction des délais de règlement ;
- diminution des coûts liés aux paiements internationaux ;
- limitation des risques de change pendant les transferts ;
- disponibilité permanente des infrastructures de paiement, 24 heures sur 24.
Pour de nombreuses fintech africaines opérant sur plusieurs marchés, ces caractéristiques répondent à un problème bien connu : les paiements transfrontaliers restent souvent lents, coûteux et complexes.
Une réponse aux limites des paiements internationaux
Aujourd’hui, de nombreux transferts internationaux transitent encore par plusieurs banques correspondantes avant d’atteindre leur destination.
Chaque intermédiaire peut entraîner :
- des frais supplémentaires ;
- des délais de traitement ;
- une exposition au risque de change ;
- une complexité opérationnelle.
Les stablecoins permettent, en théorie, d’effectuer un règlement quasi instantané entre deux institutions avant une conversion dans la devise locale.
Dans le cas présenté par SCRYPT, les règlements concernent notamment :
- le shilling kényan ;
- le shilling tanzanien ;
- le shilling ougandais ;
- le franc rwandais.
L’objectif affiché est de simplifier les flux entre monnaies locales et actifs numériques afin de réduire les délais de règlement.
Une concurrence pour les infrastructures de paiement traditionnelles ?
Les stablecoins ne remplacent pas directement les systèmes bancaires existants.
Ils viennent plutôt compléter plusieurs infrastructures déjà utilisées en Afrique, parmi lesquelles :
- SWIFT pour les paiements internationaux ;
- PAPSS (Pan-African Payment and Settlement System) développé sous l’impulsion d’Afreximbank ;
- les plateformes régionales de paiement comme PI-SPI dans l’UEMOA ;
- les réseaux de mobile money utilisés pour les paiements domestiques.
Chaque solution répond à des besoins différents.
Les stablecoins apparaissent surtout comme une option supplémentaire pour certaines entreprises ayant besoin de régler rapidement des opérations internationales.
Quel impact pour les banques africaines ?
L’émergence des stablecoins soulève plusieurs interrogations pour les établissements bancaires.
Si une partie des règlements internationaux venait progressivement à s’effectuer via ces nouveaux rails de paiement, certaines banques pourraient voir évoluer leur rôle dans la chaîne des paiements.
À l’inverse, plusieurs établissements financiers explorent déjà l’intégration des technologies blockchain afin de proposer eux-mêmes des services de règlement utilisant des actifs numériques.
Le secteur bancaire africain pourrait ainsi privilégier une stratégie d’adaptation plutôt que de confrontation.
Les régulateurs restent prudents
L’utilisation des stablecoins demeure très encadrée dans plusieurs pays africains.
Certaines banques centrales continuent d’adopter une approche prudente vis-à-vis des cryptoactifs, tandis que d’autres travaillent à la mise en place de cadres réglementaires spécifiques pour les prestataires de services sur actifs numériques.
Cette prudence s’explique notamment par plusieurs enjeux :
- lutte contre le blanchiment d’argent ;
- financement du terrorisme ;
- protection des consommateurs ;
- stabilité financière ;
- contrôle des flux de capitaux.
L’évolution des stablecoins dépendra donc largement des décisions des autorités nationales au cours des prochaines années.
Une adoption encore limitée
Malgré l’intérêt croissant du secteur, les stablecoins restent aujourd’hui principalement utilisés dans des cas spécifiques :
- règlements interentreprises ;
- transferts internationaux ;
- gestion de trésorerie ;
- opérations entre prestataires financiers.
Ils ne constituent pas encore un moyen de paiement largement utilisé par les consommateurs africains.
Le mobile money demeure largement dominant pour les paiements du quotidien dans de nombreux pays.
Une tendance à surveiller
L’annonce de SCRYPT ne constitue pas, à elle seule, une transformation du marché africain des paiements. Elle illustre néanmoins une évolution plus profonde : les infrastructures financières s’appuient de plus en plus sur des technologies blockchain pour accélérer les règlements internationaux.
Reste à savoir si cette approche convaincra durablement les entreprises, les banques et les régulateurs. Si les obstacles réglementaires sont progressivement levés, les stablecoins pourraient devenir, dans les prochaines années, un complément important aux infrastructures de paiement déjà présentes sur le continent.