Fintech Kenya licences : les retards dans l’octroi des autorisations attirent de plus en plus l’attention, alors que les acteurs du secteur s’interrogent sur le rythme et la transparence des approbations réglementaires.
Le ralentissement de la fintech au Kenya soulève des questions sur son statut de “Silicon Savannah”
Les retards dans l’octroi des licences fintech au Kenya attirent de plus en plus l’attention, alors que les acteurs du secteur s’interrogent sur le rythme et la transparence des approbations réglementaires. Longtemps considéré comme l’un des principaux hubs d’innovation en Afrique, le pays est, depuis plus d’une décennie, largement perçu comme un marché central de la fintech, aux côtés du Nigeria et de l’Afrique du Sud. Cependant, les évolutions récentes suggèrent que sa domination pourrait s’atténuer, soulevant des questions sur la capacité du Kenya à continuer de donner le ton dans la fintech en Afrique anglophone.
Au cœur de cette évolution se trouve une préoccupation croissante : le ralentissement de l’émission de nouvelles licences, en particulier pour les prestataires de services de paiement (PSP), ce qui risque de limiter la concurrence et de freiner l’innovation dans ce secteur autrefois dynamique.
Un héritage d’innovation sous pression
La réputation du Kenya en tant que “Silicon Savannah” repose sur des succès précoces et transformateurs, notamment dans la fintech. Le lancement de M-Pesa il y a près de deux décennies a catalysé la révolution du mobile money, positionnant le pays comme une référence mondiale en matière de services financiers numériques.
Selon les dernières recherches de la GSMA, l’organisation professionnelle du secteur, les systèmes de mobile money en Afrique traitent plus de 1 300 milliards de dollars par an, avec plus d’un milliard de comptes enregistrés.
Cet avantage de pionnier s’est traduit par un intérêt soutenu des investisseurs. Le Kenya continue d’attirer des volumes importants de financements en phase de démarrage, sous forme de dette et de capital. Toutefois, la composition de ces investissements évolue. La fintech, autrefois dominante, représente désormais une part plus faible par rapport à d’autres secteurs.
Dans le même temps, de nouveaux marchés gagnent en dynamisme. La Côte d’Ivoire, par exemple, a rapidement augmenté sa part des investissements fintech en Afrique, passant de moins de 1 % en 2023 à plus de 7 % en 2024. Le Ghana a suivi une trajectoire similaire, atteignant environ 6 % sur la même période. Ces évolutions alimentent une véritable effervescence lors des conférences et dans les espaces de coworking à Accra et Abidjan.
Un environnement politique et réglementaire léthargique
Dans ce contexte, l’environnement réglementaire du Kenya suscite une incompréhension croissante parmi les acteurs du secteur.
Bien que les décideurs aient introduit des réformes, telles que des législations sur les actifs numériques et des cadres de “passporting” pour les licences transfrontalières, le Kenya a pris du retard, le concept de passporting ayant été introduit près d’un an après l’annonce du cadre Ghana–Rwanda. Le projet de loi sur les fournisseurs de services d’actifs virtuels (VASP) est, quant à lui, toujours en attente de mise en œuvre.
À un niveau plus précis, le rythme et la visibilité des approbations de licences PSP sont devenus un point central. Il n’existe aucun registre public officiel des licences délivrées, et des sources du secteur indiquent que cela fait des années qu’aucune vague significative de nouvelles licences PSP n’a été accordée.
Au-delà des retards, une question plus sensible est de plus en plus soulevée : la perception d’un manque de cohérence et de constance dans le processus d’octroi des licences. Plusieurs opérateurs décrivent un environnement dans lequel les délais sont flous, les critères de décision manquent de transparence et les résultats peuvent sembler inégaux entre des candidats présentant des profils similaires. Il n’est pas clair si cela est dû à un objectif politique non déclaré, à une dépriorisation du secteur ou à un manque de ressources au sein des institutions concernées.
Un tournant pour le leadership fintech du Kenya ?
Les fondamentaux du Kenya restent solides et le pays demeure une puissance technologique sur le continent. Néanmoins, un processus de délivrance des licences ralenti et une politique réactive suggèrent que sa position de leader en tant que hub d’innovation fintech n’est plus incontestée.
La question n’est pas de savoir si le Kenya restera un marché fintech majeur, mais s’il pourra maintenir son rôle historique de principal moteur de l’innovation sur le continent.
Rétablir la confiance pourrait dépendre autant des processus que des politiques. Une meilleure visibilité sur les pipelines de licences, des délais plus clairs et une plus grande cohérence dans la prise de décision pourraient contribuer à résoudre les blocages opérationnels, à réduire les risques de perception et à faciliter le financement des futures entreprises prometteuses.
Pour un pays qui a autrefois défini la trajectoire de l’inclusion financière en Afrique, conserver cette position pourrait désormais nécessiter non seulement des réformes réglementaires, mais aussi un regain d’énergie dans leur mise en œuvre.