L’E-Levy Ghana est devenue l’un des exemples les plus étudiés de fiscalité appliquée aux paiements numériques en Afrique. Un an après la suppression de cette taxe sur le mobile money, les premiers indicateurs montrent une reprise des transactions électroniques et relancent le débat sur l’efficacité des taxes appliquées aux services financiers numériques.
Lorsque le Ghana a instauré l’Electronic Transfer Levy (E-Levy) en 2022, l’objectif affiché était clair : accroître les recettes fiscales en accompagnant la forte croissance des paiements numériques. À l’époque, le mobile money connaissait une expansion rapide et représentait une source potentielle de revenus pour les finances publiques.
Quatre ans plus tard, le pays est devenu un cas d’étude pour de nombreux gouvernements africains.
La suppression de l’E-Levy en avril 2025, suivie d’une nette reprise des transactions numériques, alimente désormais les réflexions sur la conception des taxes appliquées aux services financiers digitaux.
Une taxe née dans un contexte budgétaire difficile
L’E-Levy avait été introduite dans un contexte de fortes tensions budgétaires.
Le gouvernement ghanéen cherchait alors à élargir sa base fiscale tout en réduisant son déficit public. Les paiements électroniques, en forte croissance grâce au mobile money, semblaient constituer une nouvelle assiette fiscale.
La taxe concernait les transferts électroniques, notamment les opérations réalisées via les portefeuilles de mobile money.
Dès son annonce, la mesure avait suscité de nombreuses critiques de la part des opérateurs, des fintechs et des organisations de défense de l’inclusion financière.
Une adoption du mobile money freinée
Les critiques portaient principalement sur un risque de découragement des paiements numériques.
Pour de nombreux utilisateurs, en particulier ceux qui effectuent de petits transferts quotidiens, toute hausse du coût des transactions peut modifier les habitudes de paiement.
Plusieurs études publiées ces dernières années, notamment par la GSMA, montrent que les taxes appliquées directement à la valeur des transactions peuvent entraîner une baisse de l’utilisation des services financiers numériques lorsque leur coût dépasse certains seuils.
Dans un contexte où le mobile money constitue souvent le principal moyen d’accès aux services financiers, cet effet peut ralentir les progrès réalisés en matière d’inclusion financière.
La suppression de l’E-Levy marque un changement de cap
Face aux critiques et aux résultats jugés insuffisants, le Ghana a finalement supprimé l’E-Levy en avril 2025.
Cette décision s’inscrivait dans une volonté plus large de soutenir l’économie numérique et de favoriser le retour des utilisateurs vers les paiements électroniques.
Selon les données relayées par la GSMA, les volumes de transactions de mobile money étaient supérieurs d’environ 31 % en décembre 2025 par rapport à la même période de l’année précédente.
Même si plusieurs facteurs économiques peuvent expliquer cette progression, cette reprise est souvent présentée comme un indicateur du regain d’attractivité des paiements numériques après la suppression de la taxe.
Un enseignement pour les autres pays africains
L’expérience ghanéenne dépasse largement les frontières du pays.
Alors que plusieurs États africains cherchent eux aussi à augmenter leurs recettes fiscales, le cas du Ghana montre que la conception d’une taxe est tout aussi importante que son objectif.
Une taxe trop élevée ou appliquée directement sur chaque transaction peut produire des effets inattendus :
- diminution des paiements numériques ;
- retour vers les paiements en espèces ;
- baisse de la traçabilité des flux financiers ;
- ralentissement de l’inclusion financière.
À long terme, ces effets peuvent réduire la base taxable elle-même.
Les fintechs restent attentives
Pour les fintechs, le Ghana constitue un marché particulièrement stratégique.
Le pays accueille un écosystème dynamique où coexistent banques, opérateurs de mobile money et entreprises technologiques spécialisées dans les paiements.
La suppression de l’E-Levy est perçue par plusieurs acteurs comme un signal positif en faveur du développement des services numériques.
Une fiscalité plus favorable pourrait encourager davantage d’innovations, de nouveaux usages et une adoption plus large des paiements électroniques.
Le débat est loin d’être terminé
L’expérience du Ghana ne signifie pas que toute fiscalité sur les paiements numériques est vouée à l’échec.
Elle rappelle surtout qu’un équilibre doit être trouvé entre les besoins de financement des États et les objectifs de transformation numérique.
Plusieurs pays africains poursuivent actuellement leurs propres réflexions sur la taxation du mobile money. Certains maintiennent leurs dispositifs, d’autres les réforment, tandis que quelques-uns envisagent déjà des ajustements.
Le Ghana offre ainsi un retour d’expérience particulièrement utile pour les décideurs publics confrontés aux mêmes arbitrages.
Une référence pour les futures politiques publiques
Un an après la suppression de l’E-Levy, le Ghana est devenu l’un des principaux cas d’étude sur les effets des taxes appliquées aux transactions numériques.
Les premiers résultats suggèrent qu’une fiscalité mal calibrée peut freiner l’adoption du mobile money et réduire l’activité numérique, alors qu’une approche plus favorable peut accompagner le développement des paiements électroniques.
Pour les gouvernements africains, l’enjeu dépasse désormais la seule question des recettes fiscales : il s’agit aussi de préserver la confiance des utilisateurs, de soutenir l’innovation et d’accélérer l’inclusion financière.