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Carte de paiement africaine : l’Afrique peut-elle enfin s’affranchir de Visa et Mastercard ?

Carte de paiement africaine : plusieurs acteurs africains souhaitent développer une alternative aux grands réseaux internationaux afin de faciliter les paiements transfrontaliers, réduire les coûts et renforcer la souveraineté financière du continent.

Pendant des décennies, effectuer un paiement entre deux pays africains impliquait souvent un détour par les États-Unis ou l’Europe. Une transaction entre le Sénégal et le Ghana, ou entre le Kenya et le Nigeria, pouvait transiter par des infrastructures internationales, entraînant des conversions en dollars ou en euros, des frais supplémentaires et des délais de règlement.

Aujourd’hui, cette dépendance est de plus en plus remise en question.

Le soutien récemment exprimé par plusieurs responsables nigérians en faveur d’une carte de paiement panafricaine remet sur le devant de la scène un projet porté depuis plusieurs années par le Pan-African Payment and Settlement System (PAPSS) et PAPSSCARD. Même si aucune obligation réglementaire n’a encore été annoncée, cette initiative relance le débat sur la souveraineté des infrastructures de paiement africaines.

Pourquoi l’Afrique veut une carte de paiement africaine ?

Malgré l’essor spectaculaire du mobile money et des fintechs africaines, une grande partie des paiements internationaux continue de s’appuyer sur des réseaux comme Visa, Mastercard ou UnionPay.

Ces infrastructures offrent une couverture mondiale et une forte interopérabilité, mais elles impliquent plusieurs contraintes :

  • des frais de traitement élevés ;
  • des conversions en devises étrangères ;
  • des délais de règlement plus importants ;
  • une dépendance technologique envers des infrastructures situées hors du continent.

Pour les entreprises africaines, ces coûts représentent un frein au développement du commerce régional.

PAPSS : une infrastructure conçue pour les paiements africains

Créé sous l’impulsion de l’Afreximbank et de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), le Pan-African Payment and Settlement System (PAPSS) vise à simplifier les paiements transfrontaliers.

Son principe est simple : permettre aux banques, fintechs et institutions financières de régler des transactions directement en monnaies locales, sans passer par une devise intermédiaire.

Concrètement, un importateur ivoirien pourrait régler un fournisseur ghanéen en francs CFA, tandis que celui-ci recevrait automatiquement des cedis ghanéens.

Le système prend en charge la conversion entre les deux monnaies.

Cette approche réduit le recours au dollar américain, diminue les coûts de change et accélère les règlements.

PAPSSCARD : une carte pensée pour le continent

L’étape suivante est PAPSSCARD.

Cette carte de paiement africaine ambitionne de fonctionner sur les infrastructures du PAPSS afin de faciliter les paiements entre les différents pays participants.

L’objectif n’est pas nécessairement de remplacer immédiatement Visa ou Mastercard, mais de proposer une alternative spécifiquement conçue pour les besoins africains.

À terme, cette carte pourrait être utilisée pour :

  • les achats chez les commerçants ;
  • les paiements en ligne ;
  • les retraits aux distributeurs automatiques ;
  • les paiements professionnels ;
  • les déplacements entre pays africains.

Si son déploiement se concrétise, elle pourrait constituer l’une des premières infrastructures de cartes véritablement panafricaines.

Pourquoi le Nigeria soutient-il ce projet ?

Le Nigeria représente le plus grand marché fintech du continent.

Le pays concentre plusieurs des principales licornes africaines, dont Flutterwave, Moniepoint et OPay.

Dans ce contexte, soutenir une infrastructure de paiement africaine répond à plusieurs objectifs stratégiques :

  • renforcer l’intégration économique africaine ;
  • diminuer les coûts des paiements transfrontaliers ;
  • soutenir les fintechs locales ;
  • conserver davantage de valeur ajoutée sur le continent.

Le projet s’inscrit également dans une logique de souveraineté numérique et financière de plus en plus présente dans les politiques publiques africaines.

Quels bénéfices pour les fintechs africaines ?

Une infrastructure de paiement continentale pourrait transformer le fonctionnement des fintechs.

Aujourd’hui, beaucoup d’entre elles doivent intégrer plusieurs prestataires, banques correspondantes ou réseaux internationaux pour proposer des paiements régionaux.

Une infrastructure commune permettrait :

  • d’accélérer les paiements ;
  • de réduire les coûts techniques ;
  • de simplifier les intégrations API ;
  • de faciliter l’expansion dans plusieurs pays.

Pour les jeunes fintechs africaines, cela pourrait considérablement réduire les barrières à l’entrée.

Les entreprises seraient également gagnantes

Les PME africaines figurent parmi les principales bénéficiaires potentielles.

Aujourd’hui, un commerçant qui vend dans plusieurs pays africains doit souvent gérer plusieurs comptes bancaires, plusieurs devises et plusieurs prestataires de paiement.

Une infrastructure panafricaine pourrait simplifier ces opérations.

Les exportateurs, plateformes de commerce électronique et entreprises de services numériques pourraient ainsi proposer des paiements plus rapides et moins coûteux à leurs clients.

Des défis restent à relever

Le projet reste néanmoins confronté à plusieurs obstacles.

Le premier concerne l’adoption.

Pour fonctionner efficacement, une carte panafricaine devra convaincre :

  • les banques ;
  • les fintechs ;
  • les commerçants ;
  • les consommateurs.

Elle devra également garantir un niveau de sécurité comparable aux grands réseaux internationaux.

Autre défi majeur : l’interopérabilité.

Le continent compte des dizaines de systèmes de paiement, de réglementations et de monnaies différentes.

Créer une infrastructure commune nécessitera une coopération étroite entre banques centrales, régulateurs et acteurs privés.

Une question de souveraineté

Au-delà de l’aspect technique, le projet soulève une question plus large.

Qui contrôle les infrastructures qui permettent aux Africains de payer, d’envoyer de l’argent ou de commercer entre eux ?

À mesure que les paiements deviennent numériques, ces infrastructures acquièrent une importance stratégique comparable à celle des réseaux de télécommunications ou des centres de données.

Développer des solutions africaines pourrait permettre de conserver davantage de données, de revenus et d’expertise sur le continent.

L’avenir des paiements africains se joue aujourd’hui

Le soutien politique exprimé autour d’une carte de paiement panafricaine ne constitue pas encore une décision réglementaire ni un calendrier officiel de déploiement.

Mais il traduit une évolution profonde des priorités du continent.

Après avoir vu émerger des champions du mobile money et des fintechs, l’Afrique cherche désormais à construire ses propres infrastructures de paiement.

Si PAPSS et PAPSSCARD parviennent à s’imposer progressivement, ils pourraient contribuer à réduire la dépendance aux réseaux internationaux et renforcer l’intégration économique africaine.

La réussite du projet dépendra toutefois de la capacité des banques, des fintechs, des commerçants et des régulateurs à adopter une vision commune des paiements transfrontaliers.

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