AFRIQASH
Participer Contactez-nous

Kenya : un tournant historique dans la régulation des actifs numériques

Le Kenya vient de franchir une étape majeure en matière de régulation financière avec l’entrée en vigueur du Virtual Asset Service Providers Act, 2025, officialisé dans la Gazette du 21 octobre et applicable depuis le 4 novembre 2025. Ce texte marque la fin d’une longue période d’incertitude autour des crypto-actifs et offre au pays l’un des cadres juridiques les plus avancés du continent.

Un marché longtemps dynamique mais peu encadré

Depuis plusieurs années, le Kenya se distingue par une adoption rapide des crypto-actifs, portée par les paiements transfrontaliers, la diaspora et une jeunesse très active sur les plateformes numériques. Pourtant, cette effervescence s’est développée dans un environnement juridique flou, où ni les consommateurs ni les investisseurs ne bénéficiaient de véritables garanties. Le VASP Act vient combler ce vide en définissant clairement ce qu’est un fournisseur de services sur actifs numériques et en établissant les règles qui encadrent désormais son activité.

CBK et CMA : un duo institutionnel pour superviser le secteur

La nouvelle loi attribue un rôle central à deux autorités majeures : la Central Bank of Kenya (CBK) et la Capital Markets Authority (CMA). Ensemble, elles sont chargées de la délivrance des licences, de la supervision continue et du contrôle de conformité. Leur mission couvre la gouvernance interne des plateformes, la cybersécurité, la résilience opérationnelle, la lutte contre le blanchiment d’argent et la surveillance des risques liés aux flux transfrontaliers. En associant la banque centrale et le régulateur des marchés, le Kenya montre qu’il considère les crypto-actifs comme un enjeu global, à la fois financier, monétaire et systémique.

Une obligation de licence pour opérer au Kenya

L’un des changements les plus significatifs introduits par la loi est l’obligation, pour tous les fournisseurs de services d’actifs numériques, d’obtenir une licence avant de pouvoir opérer depuis ou vers le Kenya. Qu’il s’agisse d’échanges crypto, de services de garde, de transferts, de portefeuilles numériques ou d’opérateurs d’infrastructures blockchain, aucun acteur ne pourra désormais fonctionner en dehors de ce cadre. Cette exigence aligne le Kenya sur les meilleures pratiques internationales et renforce la confiance dans un secteur souvent associé à la fraude et au manque de transparence.

Un signal fort pour la région et pour le continent

Avec ce texte, Nairobi envoie un message clair à l’Afrique de l’Est et au-delà : l’innovation crypto peut être encouragée, mais elle doit se développer dans un cadre rigoureux et transparent. Dans un continent où les approches réglementaires varient fortement, du Nigeria à l’Afrique du Sud en passant par le Ghana, le Kenya s’affirme comme l’un des pays les plus avancés et les plus structurés.

Un enjeu de souveraineté numérique

Cette réforme dépasse la simple dimension technique. En encadrant les actifs numériques, le Kenya affirme sa volonté de reprendre le contrôle sur un secteur dominé par des plateformes souvent étrangères et peu transparentes. Le pays montre qu’il refuse de subir les règles imposées par l’industrie mondiale du crypto-trading et qu’il entend, au contraire, poser ses propres normes et protéger ses citoyens.

Related Articles & Reports

Related Country Profiles