Les paris sportifs en Afrique francophone connaissent une expansion rapide, mais les dispositifs de régulation peinent à offrir une visibilité complète sur les marchés. En Côte d’Ivoire, 17 opérateurs privés figurent désormais sur la liste du régulateur, contre trois recensés fin 2023 sur un périmètre plus restreint. Au Sénégal, 17 plateformes sont autorisées, tandis qu’au Cameroun, aucune liste officielle exhaustive n’est publiquement accessible. Un baromètre publié en octobre 2026 met en évidence ces disparités, ainsi que le manque de données sur les joueurs, les transactions et l’efficacité des contrôles.
Côte d’Ivoire : un marché en pleine expansion
La Côte d’Ivoire illustre la croissance du secteur des jeux d’argent en Afrique de l’Ouest. Selon l’Autorité de régulation des jeux de hasard (ARJH), le chiffre d’affaires global du marché est passé de 585,9 milliards de FCFA en 2023 à 705,9 milliards en 2024, soit une progression de plus de 20 %.
Cette croissance s’accompagne d’une multiplication des entreprises présentes sur le marché. Le baromètre d’AfriBallon recense trois opérateurs privés de paris sportifs agréés fin 2023, sept en 2024 et 17 opérateurs de jeux en ligne et de paris sportifs en octobre 2026. Les périmètres de ces relevés ne sont toutefois pas strictement identiques.
Parmi les marques présentes sur la liste officielle figurent notamment Betclic, 1xBet, Melbet, Betway et betPawa.
Le pays dispose d’une autorité de régulation indépendante, instituée par la loi du 27 mai 2020. Les paris sportifs en ligne restent concédés à la Loterie nationale de Côte d’Ivoire (LONACI), les opérateurs privés intervenant dans ce cadre.
La publication des entreprises agréées constitue un premier niveau de transparence. Elle ne permet cependant pas, à elle seule, d’apprécier l’efficacité des contrôles, le volume des transactions de chaque opérateur ou les sanctions éventuellement prononcées.
Sénégal : 17 plateformes autorisées sous le contrôle de la LONASE
Au Sénégal, le marché repose sur un modèle différent. La Loterie nationale sénégalaise (LONASE) occupe une position centrale dans l’organisation des paris sportifs, en s’appuyant sur des partenaires privés.
Dans un communiqué publié le 30 juin 2026, elle a identifié 17 plateformes autorisées à proposer des jeux en ligne.
Contrairement à la Côte d’Ivoire, le Sénégal ne dispose pas d’une autorité indépendante spécifiquement chargée de la régulation des jeux. La LONASE intervient à la fois comme opérateur public et comme acteur central de l’encadrement de ses partenaires.
Cette organisation pose la question de la séparation entre les intérêts commerciaux et les missions de contrôle du secteur.
La publication d’une liste des plateformes autorisées permet d’identifier les acteurs reconnus. Mais les données publiques restent limitées concernant les volumes de mises, les résultats des contrôles et les dispositifs de prévention des risques liés aux jeux.
Ces enjeux de contrôle des opérateurs, de fiscalité et de protection des joueurs figuraient également au programme des discussions sur la régulation des paris sportifs en Afrique francophone organisées à Dakar en octobre 2026.
Cameroun : des opérateurs présents, mais aucun registre public exhaustif
Au Cameroun, les autorisations d’exploitation relèvent du ministère de l’Administration territoriale (MINAT). Le cadre juridique prévoit des concessions et des autorisations pour les différentes activités de jeux.
Pourtant, le baromètre d’AfriBallon indique n’avoir identifié aucune liste officielle exhaustive des opérateurs agréés.
Certaines entreprises publient leurs propres références administratives, mais ces déclarations ne permettent pas de reconstituer l’ensemble du marché légal.
Cette situation complique le suivi des opérateurs et l’identification des plateformes exerçant sans autorisation.
Le manque de visibilité concerne également les recettes fiscales. Bien que les exploitants soient soumis à plusieurs prélèvements, les montants effectivement collectés auprès des entreprises de paris sportifs restent difficiles à isoler dans les données publiques.
Le Cameroun dispose donc d’un cadre réglementaire, mais les informations accessibles ne permettent pas d’évaluer précisément le périmètre du secteur ni sa contribution aux finances publiques.
Des milliards de FCFA en jeu, mais combien de parieurs ?
Au-delà des différences réglementaires, les trois marchés présentent une faiblesse commune : le manque de statistiques fiables sur les joueurs.
AfriBallon indique n’avoir identifié aucune enquête nationale représentative permettant d’estimer précisément le nombre de parieurs en Côte d’Ivoire, au Sénégal et au Cameroun.
Les chiffres économiques publiés ne suffisent pas à combler cette lacune. Le chiffre d’affaires des opérateurs renseigne sur l’activité financière, mais pas sur le nombre de joueurs actifs, leur fréquence de participation ou leur exposition aux risques.
La généralisation du mobile money facilite par ailleurs les dépôts et les retraits sur les plateformes de jeux. Mais les statistiques globales des paiements numériques ne permettent pas de déterminer les montants spécifiquement consacrés aux paris sportifs.
Sans données détaillées sur les comptes actifs, les mises et les transactions, les autorités disposent difficilement d’une vision publique complète du marché.
La protection des joueurs reste difficile à évaluer
La croissance du secteur soulève également des enjeux de protection des consommateurs.
En Côte d’Ivoire et au Sénégal, l’âge minimum retenu pour les paris sportifs est de 18 ans. Au Cameroun, il est fixé à 21 ans.
Mais l’existence d’un âge légal ne garantit pas que les contrôles soient systématiquement appliqués, notamment sur les plateformes numériques.
Les données publiques restent insuffisantes pour apprécier la fréquence des vérifications d’identité, le nombre de comptes de mineurs bloqués ou l’efficacité des dispositifs d’auto-exclusion.
Une étude menée auprès de 150 élèves parieurs à Bouaké, en Côte d’Ivoire, et publiée en décembre 2025, illustre l’exposition possible des mineurs aux paris sportifs. Son échantillon limité ne permet toutefois pas de généraliser les résultats à l’ensemble de la jeunesse ivoirienne.
La question dépasse donc la seule croissance économique du marché. Elle concerne aussi la capacité des régulateurs à prévenir les pratiques illégales et les comportements de jeu à risque.
Une régulation qui doit suivre la croissance du marché
La Côte d’Ivoire, le Sénégal et le Cameroun ont adopté des modèles institutionnels différents, mais se heurtent à des difficultés communes : manque de données sur les joueurs, visibilité inégale sur les opérateurs et informations limitées sur les résultats des contrôles.
La multiplication des plateformes rend ces lacunes plus préoccupantes.
Pour les autorités, l’enjeu ne consiste plus uniquement à délivrer des autorisations ou à percevoir des taxes. Il s’agit également de rendre compte de l’efficacité des mécanismes de surveillance, de la protection des joueurs et du respect des obligations imposées aux entreprises.
À mesure que le marché des paris sportifs se développe en Afrique francophone, la transparence devient un indicateur essentiel de la crédibilité de sa régulation.