Le duel entre Orange Money et Wave reprend de plus belle. Alors que l’écosystème du paiement mobile en Afrique de l’Ouest entre dans une phase de maturité, Wave intensifie sa stratégie d’expansion et de reconquête, ciblant directement les parts de marché du géant français Orange sur un terrain qu’il dominait depuis plus d’une décennie.
Une bataille pour la suprématie du mobile money
Lancée en 2018 au Sénégal, Wave a bouleversé le modèle économique du paiement mobile avec une promesse simple : 0 % de frais sur les dépôts et retraits, une application mobile intuitive, et une tarification transparente.
Cette stratégie, combinée à une communication de proximité et à une levée de fonds record de 200 millions de dollars en 2021, a permis à Wave de s’imposer rapidement comme le principal concurrent d’Orange Money au Sénégal, avant de s’étendre en Côte d’Ivoire, au Mali et au Burkina Faso.
De son côté, Orange Money, acteur historique et filiale du groupe français Orange, reste le leader incontesté du mobile money dans la région, mais voit ses marges s’effriter sous la pression du modèle “low cost” et digital-first de Wave.
Une offensive ciblée et stratégique
Depuis le milieu de l’année 2025, Wave multiplie les initiatives :
- Déploiement accéléré de nouveaux terminaux d’agents et points de services dans les zones semi-urbaines et rurales.
- Intégration de services de paiement en ligne pour les marchands et PME, visant le segment autrefois dominé par Orange Money et InTouch.
- Partenariats bancaires renforcés, notamment avec des institutions régionales cherchant à digitaliser leurs flux de paiement.
- Et, plus récemment, une campagne marketing offensive sur les réseaux sociaux axée sur la confiance, la simplicité et la souveraineté locale.
Ces mouvements sont perçus comme une seconde vague d’assaut après une période de ralentissement en 2023-2024, liée aux tensions réglementaires avec la BCEAO et à l’ajustement du modèle économique de Wave face aux coûts d’infrastructure.
Orange riposte avec l’intégration régionale
Orange, de son côté, ne reste pas inactif. Le groupe mise sur :
- Une intégration renforcée entre ses filiales d’Afrique de l’Ouest et du Centre via la plateforme Orange Digital Center,
- Le développement de nouveaux produits B2B, comme les paiements marchands, la micro-assurance ou les solutions pour les administrations publiques,
- Et une stratégie d’interopérabilité avec les autres opérateurs, en ligne avec les nouvelles directives de la BCEAO.
Cependant, selon plusieurs analystes du secteur, la riposte d’Orange souffre d’un déficit d’agilité et d’un écart d’image : Wave est perçue comme une solution “jeune, locale et inclusive”, tandis qu’Orange reste associée à une structure lourde et à des pratiques tarifaires jugées moins transparentes.
Le marché entre régulation, innovation et souveraineté
Le bras de fer entre Orange et Wave dépasse la simple rivalité commerciale. Il pose la question de la souveraineté numérique et financière en Afrique francophone :
- D’un côté, Orange, groupe français bénéficiant d’une infrastructure solide et d’un réseau institutionnel historique.
- De l’autre, Wave, start-up américaine à capitaux étrangers mais s’affichant comme “alliée des consommateurs africains”.
Entre libéralisation du marché, protection des données, et interopérabilité régionale, les régulateurs de la BCEAO doivent désormais trouver un équilibre entre ouverture à la concurrence et maintien de la stabilité du système de paiement.
Ce qu’il faut surveiller
- L’évolution du taux d’interopérabilité effectif entre Orange Money, Wave et les autres acteurs régionaux.
- La réponse tarifaire d’Orange aux offres plus agressives de Wave.
- Les nouvelles alliances stratégiques que Wave pourrait sceller, notamment dans les paiements en ligne et le e-commerce.
- Et enfin, la position de la BCEAO sur les conditions de licence et de supervision des émetteurs de monnaie électronique.