Alors que l’usage des stablecoins explose sur le continent, la plupart des pays africains restent sans cadre juridique clair pour encadrer ces actifs numériques adossés à des monnaies traditionnelles. Les régulateurs sont désormais sous pression pour agir face à un phénomène qui gagne en ampleur, entre innovation financière et risques systémiques.
Une adoption en forte accélération
Les stablecoins, ces cryptomonnaies dont la valeur est indexée sur le dollar, l’euro ou d’autres devises stables — connaissent une progression fulgurante en Afrique.
Des plateformes d’échange locales et internationales permettent déjà à des millions d’utilisateurs d’envoyer, d’épargner ou de commercer en stablecoins, souvent perçus comme une alternative plus fiable que les monnaies locales soumises à l’inflation.
Dans plusieurs pays, les entrepreneurs, les freelances et les diasporas utilisent les stablecoins pour contourner les coûts élevés et les lenteurs des transferts bancaires internationaux.
Un vide réglementaire préoccupant
Malgré cette montée en puissance, la régulation reste quasi inexistante.
Peu d’autorités monétaires africaines ont défini un cadre clair pour :
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reconnaître légalement les stablecoins,
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encadrer leur émission ou leur circulation,
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ou encore protéger les utilisateurs en cas de défaillance de l’émetteur.
Cette absence de supervision crée une zone grise où les risques de blanchiment, de fraude ou d’instabilité monétaire deviennent de plus en plus visibles.
La BCEAO, la CBN et la SARB sous pression
Certaines institutions commencent à réagir.
La Banque centrale du Nigeria (CBN) a amorcé des discussions sur l’intégration des stablecoins dans son futur cadre pour les actifs numériques.
La Banque centrale d’Afrique du Sud (SARB) suit de près les expérimentations menées dans les pays du G20, tandis que la BCEAO observe le sujet avec prudence, craignant une érosion du contrôle monétaire dans la zone UEMOA.
Mais ces approches restent fragmentées, et aucun cadre harmonisé n’a encore émergé à l’échelle continentale.
Entre inclusion et risque systémique
Pour les partisans du numérique, les stablecoins représentent une chance historique d’inclusion financière, permettant à des millions d’Africains d’accéder à un instrument de paiement mondial et stable.
Pour les régulateurs, c’est un défi : comment préserver la stabilité financière sans freiner l’innovation ?
Sans cadre clair, le risque est de voir se multiplier les opérateurs non agréés, opérant dans l’ombre du système bancaire, et exposant les utilisateurs à des pertes en cas de faillite ou de gel de fonds.
Vers une approche panafricaine ?
Plusieurs experts plaident pour la mise en place d’un cadre réglementaire commun africain, inspiré des travaux du GAFI et du FMI, mais adapté aux réalités locales.
Une telle coordination permettrait de concilier innovation, sécurité et souveraineté monétaire, tout en évitant que le continent ne devienne un terrain d’expérimentation incontrôlée.