Le BNPL, pour Buy Now Pay Later, s’installe progressivement dans les usages africains. Selon Research and Markets, la taille du marché africain du paiement différé devrait passer de 5,2 milliards de dollars en 2025 à 16,8 milliards en 2031.
Ce mouvement dépasse l’effet de mode. Il traduit une évolution structurelle de l’accès au crédit, souvent fragmenté sur le continent, mais de plus en plus intégré aux plateformes d’e-commerce, aux écosystèmes de paiement mobile et aux fintechs spécialisées.
Un marché en forte accélération, puis une croissance plus “mature”
Le rapport “Africa Buy Now Pay Later Business and Investment Opportunities Databook” (mise à jour Q1 2026) décrit une phase de croissance rapide entre 2022 et 2025, puis une trajectoire encore haussière jusqu’en 2031.
Deux chiffres structurent la lecture du marché.
D’abord, la progression 2025-2031, qui matérialise le changement d’échelle, de 5,2 à 16,8 milliards de dollars.
Ensuite, le rythme de croissance attendu sur la période de projection. Research and Markets mentionne un marché africain valorisé à 6,5 milliards de dollars en 2026, avec une trajectoire vers 16,8 milliards en 2031 et une croissance annuelle moyenne annoncée à 20,7% sur 2026-2031.
Autrement dit, le BNPL africain passerait d’une phase d’expansion très rapide à une phase de croissance plus “mature”, mais encore élevée, si la dynamique d’adoption se maintient.
Pourquoi le BNPL progresse en Afrique
Le BNPL est souvent présenté comme un “paiement” innovant. En pratique, il fonctionne comme une forme de crédit court terme, distribuée au point de vente, en ligne ou via des applications. Sa percée s’explique par une combinaison de facteurs très africains.
Le premier facteur est l’accès limité au crédit classique. Cartes de crédit, scoring bancaire, historique formel, autant d’éléments qui restent inégalement disponibles. Le BNPL contourne une partie de ces obstacles en s’appuyant sur d’autres signaux, comme les données transactionnelles, l’usage mobile, ou l’historique d’achat.
Le deuxième facteur est le rôle des rails de paiement. Le mobile money, les wallets et les passerelles fintech réduisent la friction de paiement. Cela crée un terrain favorable au BNPL, surtout quand il est “embarqué” dans des applications déjà utilisées pour payer, acheter ou se déplacer.
Le troisième facteur est l’e-commerce et la distribution moderne. Quand le paiement s’effectue en ligne, le BNPL devient un outil de conversion. Il permet de lisser la dépense, donc d’augmenter la probabilité d’achat.
Un marché concentré, avec des logiques nationales différentes
Research and Markets souligne que l’essentiel de l’activité se concentre autour de l’Afrique du Sud, du Kenya, du Nigeria et de l’Égypte.
L’Afrique du Sud se distingue par une intégration forte du BNPL dans les réseaux d’e-commerce et dans des chaînes de retail physiques déjà structurées. Le sujet se rapproche donc de la distribution et du crédit de détail.
Au Kenya et au Nigeria, la dynamique est plus fortement liée aux écosystèmes mobile money et aux super-apps, c’est-à-dire des plateformes qui agrègent paiement, commerce, transport, livraison et services. Cette logique favorise un BNPL “embedded”, intégré à des parcours du quotidien.
L’Égypte, de son côté, s’inscrit davantage dans une logique de fintech de crédit et de consommation urbaine, avec des acteurs qui construisent des offres BNPL proches du crédit retail, mais distribuées numériquement.
Le tournant réglementaire arrive, et il va trier le marché
La croissance du BNPL pose une question centrale. Qui porte le risque de crédit, et selon quelles règles. Tant que l’activité reste marginale, le sujet est surtout commercial. Dès qu’elle prend de l’ampleur, il devient prudentiel.
Sur plusieurs marchés, le BNPL est déjà observé à travers le prisme du crédit et de la protection du consommateur. En Afrique du Sud, des discussions existent autour de l’encadrement des offres BNPL au regard des exigences de crédit responsable quand les produits répondent à certains critères.
Au Kenya, l’encadrement du digital lending et le rôle des autorités dans la supervision des pratiques de crédit numérique pèsent directement sur le futur du BNPL.
Cette bascule vers une régulation plus explicite peut avoir deux effets. Elle peut rassurer et assainir. Elle peut aussi augmenter les coûts de conformité et exclure des acteurs trop légers.
Un segment de crédit “fragmenté”, mais de plus en plus structuré
Le rapport décrit le BNPL en Afrique comme un segment de crédit fragmenté, façonné par les plateformes d’e-commerce, les écosystèmes de mobile money et des fintechs prêteuses spécialisées.
Cette fragmentation explique pourquoi les modèles diffèrent. Certains acteurs financent eux-mêmes le crédit. D’autres s’appuient sur des partenaires financiers. D’autres encore jouent un rôle d’interface, en connectant marchands, wallets et financeurs.
Dans ce paysage, la bataille ne se joue pas seulement sur le marketing. Elle se joue sur trois variables plus dures.
La qualité du scoring. La gestion du risque et du recouvrement. La capacité à s’intégrer dans des parcours d’achat existants, sans exploser les coûts d’acquisition.
Ce que le BNPL change pour l’écosystème fintech africain
Si le marché atteint effectivement 16,8 milliards de dollars d’ici 2031, le BNPL ne sera plus un produit périphérique. Il deviendra un vrai pilier du crédit de consommation numérique.
Cela aura des impacts directs sur les fintechs de paiement, car elles deviennent des points d’entrée naturels du BNPL. Cela touche aussi les e-commerçants, qui peuvent y voir un levier de conversion. Enfin, cela interpelle les régulateurs, car la frontière entre paiement et crédit devient plus fine.
La question clé, pour l’Afrique, sera d’éviter une croissance tirée uniquement par l’expansion commerciale. Le BNPL peut soutenir l’inclusion. Mais sans garde-fous, il peut aussi créer du surendettement discret, surtout quand les produits s’empilent et que les capacités de remboursement sont mal évaluées.